Mardi 20 juillet 9h30

Devant la palmeraie

 

Nous avions prévu notre rencontre  avant son premier entraînement de la journée.

 

 

Peux-tu te présenter Jean-Marc ?

 

J-M.T : Jean–Marc Ternullo, j’aurai en septembre 38 ans, je suis président du club handisport en Durance et depuis peu président du comité départemental handisport de Vaucluse, athlète aussi.

 

Pourrais-tu nous raconter ton histoire, ton parcours ?

 

J-M.T : J’ai eu un accident de moto en 1991, je suis paraplégique* et j’ai subi une amputation bilatérale des membres inferieurs. Par la suite, j’ai commencé à me renforcer musculairement car en l'absence de ce renforcement, tu n’as pas de force pour les transferts. Sans cela tu risques d’être dépendant des personnes et ce n’est pas le but.

Donc j’ai fait de la musculation, ensuite de la force athlétique* durant 3 ans que j’ai arrêté et je me suis mis tout à fait par hasard à l’athlétisme il y a 6 ans. Je cherchais un sport ; je voulais essayer ce dernier et ça m’a plu tout de suite. J’ai fait des compétitions partout en France, je suis sorti des frontières pour faire des compétitions en Europe, en Corée.

Il y a  4 ans j’ai voulu créer un meeting handisport, basé vraiment fauteuil. Par la suite, j’y ai inclus des athlètes handicapés debout tout en restant sur mon idée de base.

Car actuellement en France si tu veux faire les minimas, il n’y a aucune autre compétition qu’à Avignon pour les effectuer.

Les handisports debout peuvent courir sur les compétitions des personnes valides sans avoir de contraintes dues au matériel ou autre. Avant il y avait des interclubs mais ils ont été supprimés il y a 3 ans et demi, jugés inutiles alors que cette compétition nous servait pour les minimas afin de participer aux championnats de France Elite fauteuil, donc j’ai mis en place un meeting à Avignon :

- 1ère année, il y avait 25 fauteuils.

- 2ème année entre les fauteuils et les participants debout : 48 athlètes.

- Cette année, on a reçu  80 athlètes, les pays représentés : Suisse, Allemagne, Tunisie, l’Australie, Sénégal.

- L’année prochaine, nous aimerions recevoir entre 120 et 140 athlètes dont 80 fauteuils.

 

 

*(La paraplégie est la paralysie plus ou moins complète des deux membres inférieurs et de la partie basse du tronc, portant sur tout le territoire situé plus bas que la lésion de la moelle épinière qui la provoque.)

 

* (La force athlétique paralympique est une compétition de développé-couché, le test par excellence de la force de la partie supérieure du corps.) 


 

Pourquoi es-tu parti au Japon faire ton fauteuil de compétition ?

 

J-M.T : Par rapport au prix et à la qualité de travail des japonais.

Un fauteuil japonais, le cadre coute seulement  2000 euros, le tout cumulé avec le voyage et une semaine au japon, avec les  repas, le billet d’avion, tu t’en tires pour 3000 euros. Et en cas de pépin si quelque chose ne va pas au niveau des mesures, les japonais nous contactent pour le signaler. Alors qu’un fauteuil d’une autre marque… américaine ou autre, il y en a pour 4000 euros voire 4500 euros le cadre !

Une fois qu’ils prennent  les mesures ils l’envoient et souvent il y a des erreurs de mesures et  je ne te parle pas du délai d’attente de 3 mois.

 Il faut le contrôler car les réglages ne sont pas corrects, et puis nous n’avons pas la certitude qu’il soit à notre taille…enfin ce n’est pas l’idéal.

Alors qu’en me rendant au Japon, je suis arrivé le dimanche, le lundi ils fabriquaient le fauteuil devant moi, le mardi matin je faisais les essais, l’après midi ils refaisaient certaines modifications, nous faisions des essais le mercredi puis  il était peint, emballé dans le carton, je partais le jeudi avec et je pouvais rouler tout de  suite avec mon fauteuil de compétition.

 

 

                  « Le sport aide énormément à l’acceptation du handicap »

 

 

CONFIDENCES :

 

Te couches-tu tard ?

 

J-M.T : En ce moment oui je me couche souvent vers 23 H 30 / minuit mais en période de compétition  maximum je me couche  vers 22h00 et je  me lève à 7h …7h15 du matin pour aller m’entrainer.

 

A table vin blanc, rose, rouge ?

 

J-M.T : Pas d’alcool du tout ! (sourire)

Non, non, pas d’alcool. Je fais attention à ce que je mange, à ce que je bois .Le vin rouge et blanc ça sera au moment des repas de noël avec du foie gras ou autre, mais sinon en période d’entraînement, quand ce n’est pas noël, pas d’alcool.

 

Ton dessert préféré ?

 

J-M.T : Ohhhh...il y en a pleins : les fruits déjà. J’aime beaucoup les marrons suisses, les baba au rhum, les forets noires aussi (Rires) et il manque un paquet de trucs là. 

 

Ton humoriste préféré ?

(Un silence, il réfléchit.)

 

J-M.T : J’en ai pas, c’est ça le plus drôle ! Chaque humoriste a sa petite marque de fabrique.

 

Ton dernier film vu au cinéma ?

 

 Twilight  3 !

 

Quel est le film que tout le monde a vu sauf toi ?

Ex : je n’ai jamais vu Star Wars. J’ai essayé pourtant mais je n’accroche pas !

 

J-M.T : (Rires) Hola…le film que je n’ai pas vu et que je n’ai pas envie de voir…c’est le projet blair witch, le peu que j’en ai vu, je n’ai pas aimé.

 

As-tu trouvé facilement une place cette année pour aller voir les feux d’artifices à  Avignon ?

 

J-M.T : Je n’y suis pas allé !

Ben… déjà l’an dernier je suis venu. J’ai peiné à trouver une place, en plus pour le voir j’étais derrière les gens, je n’y voyais pas grand-chose.

Donc je préfère aller au feu d’artifice de Monteux .L’an dernier c’était 5 euros cette année c’est un peu plus il me semble.

C’est le plus beau feu d’artifice que j’ai pu voir jusqu'à présent, ça leur sert un peu de vitrine pour montrer les feux d’artifices qu’ils ont en stock et les nouveautés.

Tu as des feux d’artifices qui te donnent l’impression qu’il neige et de voir des étoiles plein le ciel et c’est impressionnant, c’est mis en plus en  musique. Là, cette année c’est un spectacle qui s’appelle « Oh Mamma » et il devrait  durer 1h30 à 2 h00 

 

Quel jour se déroulera cet évènement ?

 

J-M.T : Le 20 août c’est au stade de rugby à Monteux.

Cela  vaut le coup d’y aller, moi j’y vais avec le club : nous organisons cette sortie au sein du club. Nous irons tôt avec nos sandwichs pour manger sur place.

 

 

     « …j’ai trois mois sans compétition, donc durant cette période, je suivrai un          entraînement que l’on appelle la PPG… »

 

 

EN PLEINE COURSE

 

Qu’est ce que handisport en Durance ?

 

J-M.T : C’est un club handisport crée en 1989 par des personnes en situation de handicap, au départ créé pour les personnes paraplégiques ou atteint de polio (le Virus de la polio donne des paralysies des muscles en atteignant les cordons antérieurs de la moelle épinière, là où passent les racines motrices des nerfs.).Ils ne voulaient pas d’autres handicaps car ils jugeaient que c’était des personnes trop dépendantes. Donc... quand j’ai  repris le club, cela fait 4… 5 ans  je l’ai ouvert nous allons dire… à tous les handicaps moteur, physique et sensoriel.

Et c’est vrai que ce club à la base a été créé pour offrir des sports différents pour un certain handicap afin qu’ils ne restent pas enfermés.

Au départ, il y avait une section tennis, basket, escrime et au final il ne restait que le tennis et le basket.

En reprenant le club, nous avons lancé pleins de nouveautés avec des sorties, nous participons maintenant à de nombreuses démonstrations, des événements auxquels le club ne participait pas :

le téléthon, des initiations à l’athlétisme fauteuil comme nous avons fait  il y a peu de temps au pole espoirs athlétisme à Salon de Provence, nous  travaillons avec la fédération « EPMM Sport Pour Tous » sur des sensibilisations au handicap et au handisport au CREPS d’Aix en Provence. Nous faisons des démonstrations de basket, d’athlétisme, des formations sur handicap, nous intégrons les enfants au club alors qu’auparavant il n’y en avait pas.

Au sein du club il y a 3 enfants de moins de 10 ans,  un non voyant qui fait du taekwondo au sein d’un club valide, un petit jeune atteint de Spina bifida*(basket) mais qui vient de temps en temps car son père ne peut pas toujours l’emmener et un jeune accidenté de la vie qui fait aussi du basket.

Le basket est orienté loisir alors qu’avant c’était  une section compétition, ce qui fait que nous avons pu accueillir plus d’handicaps au sein du club et c’est la plus grosse section du club ; après il y a l’athlétisme où nous sommes deux compétiteurs, et le tennis où ils sont trois compétiteurs.

Il y a peu de temps nous avons acheté ce que l’on appelle un stricker : c’est une troisième roue qu’on attache devant  le fauteuil c’est… comme un vélo à pédales. Cet achat est pour le petit Jimmy qui a 9 ans qui a souvent des sorties vélo avec son école et il ne pouvait y participer.

Nous avions tenté avec un handbike mais qui n’était pas à sa taille, nous devions rajouter des coussins : un de 20cm sous les fesses, un autre d’environ 15cm dans le dos pour qu’il soit près et à la hauteur du pédalier mais ce n’était pas adapté à lui.

Et maintenant nous mettons le stricker à sa disposition, il pourra aller  à l’école, le détacher de son fauteuil, suivre les cours et après partir  pour faire sa sortie vélo. Ca lui permettra d’être encore mieux intégré au sein de son établissement, c’est notre but.

Après nous développons d’autres activités. Nous voudrions mettre en place un partenariat avec une section natation loisir pour offrir un autre sport aux personnes en situation de handicap.

Ma compagne qui est trésorière du club s’occupe en ce moment  de mettre en place  la sortie ski que nous tenons à faire. Nous allons prendre une grosse partie en charge afin de permettre aux gens les plus diminués du club et aux enfants qui sont en situation de handicap dont les parents n’ont pas les moyens de les emmener au ski. Nous continuons à chercher des partenaires financiers : nous faisons des demandes de subventions, espérant que nous pourrons le mettre en place, qu’ils puissent enfin voir ce qu’est le ski, y gouter.

.

Donc nous essayons de développer ce genre de choses au maximum, faire connaître le club et montrer aux gens que le handicap n’est pas une fin en soi, au contraire c’est une seconde chance, de redémarrer à zéro, de refaire une nouvelle vie et de faire du sport si l’on n’en faisait pas avant.

Le sport comme le travail est un vecteur de socialisation énorme. Ce que beaucoup de gens ne savaient pas on va dire.

 

*(Le Spina bifida est un type de malformation qui apparaît au début de la formation du fœtus.)

 

Comment fais-tu pour gérer tout ceci ?

 

J-M.T : Je ne suis pas seul, ma compagne comme je te disais est trésorière.

Pour la section tennis, ben ils s'autogèrent, nous leur demandons de nous fournir la liste des compétitions qu’ils vont faire et nous décidons de ce que nous pouvons prendre en charge ou pas, idem  pour l’athlétisme et le basket.

Nous avons aussi nommé des responsables de chaque section et moi je m’occupe de l’athlétisme, c’est mon domaine. Après je m’occupe de gérer le club  avec ses manifestations.

Quand nous ne pouvons nous déplacer, nous sommes suppléés par d’autres membres du club. Il est impossible pas tout gérer avec notre vie de famille, nous sommes bénévoles et ne pouvons toujours être là.

 

 

         « Nous pouvons commencer très tard le sport, (…) et se retrouver aux paralympiques… »

 

 

Tu es sans cesse en activité, tu te reposes  très peu … ?

 

J-M.T : Si, je prends des vacances de 1 à 2 semaines que je place selon mes activités et aux fêtes de noël.

Le 6 aout une compétition à la Crau, après je vais prendre peut-être une semaine de vacances, suivra  après  une compétition à Paladru, en septembre 2 compétitions, en octobre le 16 kilomètres de Marseille, ensuite le semi marathon de Lausanne, en novembre La rochelle. Apres tout ceci j’ai trois mois sans compétition donc je suivrai un entraînement que l’on appelle la PPG (Préparation Physique Générale) : on débute à 60 kms par semaine et au bout de 6 semaines on doit doit être à peu près entre 240  kms et 300 kms par semaine d’entraînement. Après on redescend  6 semaines suivantes à 100 kms et après c’est du spécifique par rapport aux compétitions. Tout en gérant le club et ses activités à coté. Nous avons commencé aussi à préparer le prochain meeting mais je me repose. (Sourire)

 

Tu te penches déjà sur le prochain meeting alors que celui-ci vient à peine de se dérouler.

 

J-M.T : Oui car nous attendons énormément d’athlètes normalement  pour l’année prochaine.

Le Canada devrait venir, l’Afrique du sud aussi, l’Australie devrait revenir en force cette fois-ci.

Tu vois pour ce meeting, je n’ai pas pu y participer étant blessé mais nous bossions sa mise en place jusqu'à 1h… 2h du matin .Nous n’arrêtions pas de la journée, plus la gestion des appels rentrants et sortants des athlètes, tout ca était aussi très fatiguant c’est très long comme organisation.

 

Tu cherches des bénévoles ?

 

J-M.T : Nous en cherchons souvent oui, pour nous aider .C’est assez  compliqué de tout gérer, entre les arbitres, les bénévoles, il y avait 50 personnes. Sans compter les 4 à 5 kinés bénévoles qui étaient venus pour masser les athlètes.

 

Sportivement tu ne t’arrêtes pas non plus… Tu préfères les longues distances que le sprint ?

 

J-M.T : Non j’ai passé l’âge du sprint.J’arrive à 38 ans en septembre et le sprint c’est terminé pour moi. On dirait une vieille vache espagnole essayant de courir et ça ne marche pas (Rires). La dernière fois que j’ai fait un 100 m  avec des jeunes, ils m’ont mis 3 à 4 secondes dans la vue et ça m’a fait mal. (Sourire)

Sur le long je m’éclate mieux, c’est un régal !

 Lors des  compétitions sur route, nous nous ouvrons aux gens, nous courons avec des valides, nous parlons de nos compétitions effectuées, on échange, alors que sur piste c’est différent.

 

Un conseil à une personne qui  a un handicap et n’ose pas se présenter au club handisport ?

 

J-M.T : Il faut nous contacter, ne surtout pas hésiter. Nous avons un jeune, Thibault, qui vient d’arriver. C’est sa cousine qui l’a poussé à venir, finalement il a accroché. Il y a aussi un autre membre du club pour qui c’était hors de question de se mettre dans un fauteuil, un multi traumatisé d’un accident de la route −il marche avec une canne. Un jour nous nous sommes rendus à Morières-Lès-Avignon pour une démonstration de fauteuil basket, il a essayé et depuis il a accepté. Il a vu que l’on pouvait continuer à faire du sport.

C’est sur que l’on ne peut pas danser comme avant, monter des marches d’escaliers ou autre mais on peut faire un truc que les valides ne peuvent pas faire, par exemple on peut se retrouver à 35 ou 40 ans aux paralympiques et gagner une médaille. Joël Jeannot a eu son accident à 28ans et il est devenu champion olympique à 40 ans. On peut commencer très tard le sport, c’est ça l’avantage et se retrouver aux paralympiques si l’on s’entraîne avec envie, alors que chez les valides à 35…40 ans c’est fini.

 

Ou alors il faut s’appeler Jeannie Longo !

 

J-M.T : Voila !! (Rires) Ah oui elle a une longévité impressionnante.

Mais je te parle de compétitions. Il ne faut pas qu’ils hésitent à venir, on ne fait pas que de la compétition. Dans le sport  nous savons que c’est une pression énorme sur les gens donc c’est pour ça qu’il y a des sections handisport loisir, surtout qu’ils n’hésitent pas, on ne mord pas (Rires)

Le sport aide énormément à l’acceptation du handicap, ça permet de passer au delà.

 

Tes projets à court terme ?

 

J-M.T : En sport c’est Lausanne. Dans la vie de tous les jours, trouver une maison et déménager d’ici octobre ou novembre que je puisse partir en fauteuil d’athlétisme de la maison, aller m’entrainer sans prendre la voiture, ça serait le top.

 

A long terme ?

 

J-M.T : Des enfants, développer le handisport dans le Vaucluse et tenter les minimas pour les paralympiques.

 

 

 

 

 

 

                                      HANDISPORT EN DURANCE

 

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                                           Tél : 04 90 95 23 87

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            Tennis, Basket, Athlétisme, Hand cycle, Tennis de Table, Tir à l'Arc

 

 

 

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                            4725 rocade Charles de Gaulle 84000 AVIGNON
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                                         mobile :06 22 85 32 77

 

 

 

                                                                                                               Yugnat I

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